La Silicon Valley noyée dans l'affaire Epstein
Liens financiers, idéologiques, relationnels, politiques, potentiellement criminels... comment et pourquoi Epstein s'était rapproché des grands noms de la Tech.
Bonjour à tous ! Ce début d’année est pour le moins sombre et agité, ce qui rend l’écriture d’autant plus difficile qu’il existe de nombreux sujets d’actualité méritant un éclairage technocritique.
L’attaque sanglante des États-Unis contre le Vénézuéla, suivie de la tentative d’annexion du Groenland et la présentation d’un “master plan” au forum de Davos pour transformer Gaza en une “riviera” sans les Palestiniens peuvent s’analyser sous le prisme du projet de network state des technofascistes gravitant autour de Trump. De même, les meurtres commis par la police de l’immigration américaine (ICE) impliquent les géants de la Tech à de multiples niveaux. Pendant que Google, Apple, Facebook et le nouveau TikTok censurent les opposants à ses rafles et combattent les initiatives citoyennes de défense civile, Palantir fournit l’infrastructure de surveillance numérique permettant d’organiser les raids. Malgré les erreurs tragiques commises par ces systèmes, la ICE veut utiliser les données commerciales collectées par les géants du numérique pour traquer les individus qu’elle souhaite interpeler. Autrement dit, la dystopie redoutée par ceux qui critiquent la collecte des données personnelles est déjà là.
Il serait également intéressant de revenir sur les récentes annonces autour de la bulle de l’IA. Le fait qu’OpenAI cherche à nouveau des investisseurs et assume l’arrivée de l’érotisme et de la publicité sur ChatGPT témoigne des difficultés de l’entreprise à construire un modèle économique rentable, alors qu’un nombre croissant de leaders du secteur admettent publiquement que l’approche suivie pour développer les IA génératives ne permettra pas de mettre au point des IA “générales” ou super-humaines. Le rachat de xAI, autre entreprise qui perd des sommes record, par SpaceX, société dont Musk prépare l’entrée en bourse en dépit d’un modèle économique tout aussi questionnable, semble masquer une tentative désespérée d’injection de cash dans xAI. À ce propos, les délires sur la mise en orbite de data centers constituent un nouvel exemple de Fake Tech destinée à justifier la poursuite du développement inconsidéré des data centers ici, tout en permettant d’exciter les investisseurs avant l’introduction en bourse de SpaceX. Musk apparait plus que jamais embarqué dans la construction d’une gigantesque pyramide de Ponzi reposant sur la hype pour gonfler artificiellement les cours boursiers dont dépendent sa fortune et son pouvoir.
Enfin, la loi visant à interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans en France mériterait d’être abordée. Pour ma part, je serais favorable à la socialisation de ses plateformes, qui deviendraient la propriété des usagers et employés, et seraient gérées sur le principe des communs ou de coopératives à but non lucratif. Vu qu’on en est loin, l’interdiction pure et simple (à tout le monde, pour le coup) me parait défendable. Je ne suis pas convaincu par les arguments selon lesquels les avantages des réseaux sociaux (espace de liberté, source de diffusion d’information pour les médias indépendants, outil de mobilisation pour les luttes et les révolutions, outil de lien social) dépasseraient les inconvénients (plateformes dans les mains de milliardaires fascistes qui cherchent à nous rendre addicted pour voler nos données afin de mieux nous cibler avec de la publicité et permettre aux gouvernements de poursuivre leurs opposants ; problèmes sociaux, mentaux et psychologiques chez les enfants et les adultes; empreinte écologique, etc.). Des travaux ont démontré que les réseaux sociaux ont un impact négatif sur les mouvements contestataires et les révolutions. Si certains débutent via les RS, ou prennent de l’ampleur grâce à eux, ils sont également fréquemment affaiblis ou déjoués grâce aux réseaux sociaux par les gouvernements. L’autre faiblesse des mouvements spontanés partant des réseaux sociaux tient dans leur manque de structuration, ce qui les rend faciles à dégonfler une fois le choc initial passé.
Or, comme le rappelait très bien la patronne de la messagerie chiffrée Signal (société à but non lucratif) dans les matins de France Culture, les entreprises capitalistes ont une obligation légale de servir les intérêts financiers de leurs actionnaires, pas de s’opposer aux gouvernements autoritaires. Mais si l’interdiction totale des réseaux sociaux est inenvisageable (à part certains comme X, lorsqu’ils se transforment en machine à produire des contenus pédophiles), les interdire aux enfants pourrait sembler une bonne idée. Le problème tient dans les moyens mis en œuvre pour y parvenir : la proposition de loi française implique la fin de l’anonymat sur internet et la collecte de nos informations (pièce d’identité, images pour reconnaissance faciale, etc.) par des entreprises privées fréquemment sujettes à des fuites de données. Tout en n’empêchant pas les multiples moyens de contournements possibles. À ce titre, je vous renvoie à la série de notre camarade Huber Guillaud, ainsi qu’à l’article des amis de Frustration Magazine.
Bref, ce ne sont pas les sujets à traiter qui manquent, comme le montre le dernier numéro de l’excellente newsletter Synth. C’est pourquoi j’ai choisi de me concentrer sur un autre dossier dont vous avez surement entendu parler : l’affaire Epstein.
Les 3.5 millions de pages récemment publiées contiennent une densité d’information si vaste que le sujet mériterait une série d’articles. Pour éviter de trop m’écarter du thème de cette newsletter, je vous propose un résumé des enseignements de l’affaire, avant de creuser les liens entre Epstein et la Silicon Valley. Non content d’être un instrument du Mossad et un allié du trumpisme, le pédocriminel était un technofasciste pur souche, comme nous allons le voir.
1. Ce qu’il faut retenir de l’affaire Epstein
Si vous ne connaissez pas l’affaire Epstein, je vous suggère de lire mon dernier article pour le média Frustration. En résumé :
Jeffrey Epstein était un homme d’affaires américain au patrimoine estimé à plus de 500 millions de dollars. Sa fortune a majoritairement été obtenue illégalement, en arnaquant ses propres clients via des pyramides de Ponzi et vols purs et simples. Il a été retrouvé mort dans sa cellule quatre semaines après son inculpation pour trafic de mineurs. Il était suspecté d’avoir organisé un réseau pédophile d’esclaves sexuelles dont il faisait profiter une partie de son très large cercle de fréquentation. Epstein disposait de caméras dans ses résidences, ce qui laisse croire qu’il détenait des vidéos compromettantes. Le FBI a identifié plus de 1000 victimes, dont un grand nombre de mineurs. Il serait question de filles de 12 à 17 ans, de viols, sévices, séquestrations, menace de mort et harcèlement de témoins, voire de meurtre. Epstein a été condamné une première fois en 2008, mais avait passé un accord secret avec le procureur général pour plaider coupable de fait mineurs qui lui valurent une courte peine de prison aménagée. En 2018, le Miami Herald publie une enquête édifiante et un juge fédéral nullifie l’accord de plaider coupable, qui enfreignait le droit des victimes. L’affaire devient éminemment politique, du fait des potentiels complices et clients d’Epstein et des liens de ce dernier avec Bill Clinton et Donald Trump. Ironiquement, c’est l’instrumentalisation de l’affaire par les soutiens et militants de Trump qui a fini par contraindre ce dernier à accepter de rendre le dossier de l’enquête du FBI public. Plus exactement, les démocrates ont présenté une loi au Congrès, voté à contrecœur par les républicains, pour forcer le ministère de la Justice à publier ces documents.
Que retenir des millions de pages rendues publiques ? Sur la forme d’abord, je tiens à noter :
Tous les documents du dossier Epstein n’ont pas encore été publiés. Entre autres, les vidéos et photos les plus crues n’ont pas été rendues publiques, en théorie pour protéger les victimes.
Les documents publiés ont été caviardés par le ministère de la Justice de Trump, mais au lieu de noircir certains passages pour protéger les victimes (comme l’exigeait la loi votée au Congrès en octobre), ce sont souvent les complices et criminels potentiels qui ont été protégés.
Ces documents n’auraient jamais dû être rendus publics. Il a fallu l’incompétence de Trump et les obsessions de ses alliés pour provoquer la situation rendant politiquement impossible au Parti républicain de bloquer leur publication.
Le FBI et le ministère de la Justice américaine ont, depuis 1996, protégé Epstein et ses fréquentations au lieu de protéger les victimes et la société. Et ce, quel que soit le parti au pouvoir.
Le fait que l’administration Biden n’ait pas elle-même rendu public ce dossier en dit long sur l’incompétence politique du parti démocrate (ou sa propre corruption, préférant éviter d’embarrasser des alliés que de vaincre le trumpisme).
Les médias français et américains tentent majoritairement de minimiser l’affaire, lorsqu’ils ne se plaignent pas du “poison complotiste” distillé par la publication”brute” des documents.
Cela étant posé, que retenir du contenu des dossiers ?
Epstein n’a pas agi seul, il y a au moins 10 complices identifiés par le FBI.
Epstein faisait bien profiter une partie de ses contacts des filles qu’il séquestrait pour les abuser sexuellement, si on en croit sa correspondance.
Les crimes pédophiles semblent bien plus graves que précédemment imaginés. Certains enfants seraient morts des suites de sévices sexuels, à en croire certains éléments contenus dans le dossier.
Au-delà de la pédocriminalité, Epstein agissait comme intermédiaire dans de nombreux cercles politiques et milieux d’affaires, aidant à organiser des négociations et tractations en mettant en contact certaines personnes ou en organisant des rencontres, versements, faveurs et renvois d’ascenseur.
Epstein était un agent secret d’Israël (ou, au minimum, un informateur et allié).
Il s’était rapproché de Steve Bannon, l’éminence grise du mouvement MAGA pro-Trump.
Trump avait des liens bien plus étroits et fréquents avec Epstein que précédemment rapportés par la presse.
Des dirigeants français sont impliqués dans le dossier Epstein, dont Jack Lang et, potentiellement, Bruno Lemaire, BHL et des collaborateurs d’Emmanuel Macron et de Nicolas Sarkozy.
En résumé, on retiendra tout d’abord la spectaculaire tolérance de la classe bourgeoise dominante pour les violences et crimes sexuels. Après 2008, toutes les personnes fréquentant Epstein étaient nécessairement au courant des accusations portées contre lui. Certains ont continué à le fréquenter, y compris après 2018 et les révélations explosives de la presse.
Ensuite, le fonctionnement de cette classe, qui a produit la monstruosité Epstein puis l’a utilisée aussi bien pour son plaisir que pour les affaires. Tous les bords politiques sont touchés. Les fichiers font état d’une véritable mafia fonctionnant sur le principe de renvoi d’ascenseurs dans l’unique but d’acquérir plus de richesse et de pouvoir personnel.
Le fait qu’Epstein disposait de caméras dans toutes les pièces de ses résidences et qu’il entretenait des liens étroits avec les services secrets israéliens agite le spectre d’une compromission de Trump. Ce dernier serait susceptible de faire l’objet de chantage, à en croire la presse indépendante américaine. Les fichiers révèlent de nombreux comportements illégaux (vente de secrets d’affaires ou d’État, partage d’informations sensibles, tentatives d’ingérence dans des élections, de déstabilisation d’institutions démocratiques…). Mais pour des raisons évidentes, les questions de ce genre ne sont pas reprises par les grands médias états-uniens. Fin novembre, le New York Times titrait “Les emails d’Epstein révèlent une élite d’une autre époque” en expliquant sérieusement “le financier évoluait dans des cercles qui n’existent plus”. Le journal Le Monde parlait, lui, de “poison” à propos des révélations, pas de leur contenu. Sur FranceInter, la journaliste Sonia Devilers a carrément fait le procès de Fabrice Arfi (Médiapart), l’accusant d’attiser le complotisme en s’intéressant à l’affaire Epstein. À croire que la presse bourgeoise n’aime pas que l’on étale sur la place publique les crimes de ses plus célèbres représentants.
Voilà pour le survol de l’affaire. Je vous recommande notre article coécrit avec Nicolas Framont pour explorer les liens et compromissions spécifiques à la France. Et pour la Silicon Valley et les aspects proprement technofascistes du projet Epstein, ça se passe ici :
2. Epstein et les géants de la Tech : liaisons dangereuses
La plupart des grands noms de la Tech sont cités dans le dossier Epstein. Certains semblaient étroitement liés au pédocriminel, comme Bill Gates (son ex-femme a confirmé que ses liens ont joué dans son divorce). D’autres se seraient retrouvés sur son ile, dans une de ses résidences, ont participé à des diners en sa présence ou échangeaient par courriel avec lui. Y compris après sa première condamnation de 2008. C’est le cas des cofondateurs de Google Larry Page et Sergey Brin, du PDG de Meta Marc Zuckerberg, de Jeff Bezos, du patron de LinkedIn Reid Hoffman et d’Elon Musk.
Ce dernier voit sa réputation de nouveau abimée par le dossier Epstein. Les courriels rendus publics contiennent des échanges où il tente de s’inviter chez le pédocriminel en demandant quelles dates lui garantiraient les soirées les plus “déjantées”. Ces discussions n’auraient pas abouti à des rencontres, mais ne montrent pas Musk sous son meilleur jour. Il est également question de la venue d’Epstein aux bureaux de SpaceX et de filles présentées par Epstein à son frère et partenaire en affaire Kimbal Musk, entre autres messages peu reluisants.
Les liens entre patrons de la Tech et Epstein sont anciens. Le pédophile finançait le EDGE, un réseau de discussion et d’échange informel entre gros patrons de la Tech, piloté par le MediaLab du MIT. Dès 1999, il participe aux diners annuels du EDGE, ou se rend la plupart des fondateurs des GAFAM (cf. l’excellente série d’articles de Byline Times). Via ce véhicule, Epstein se rapproche de la Silicon Valley et finance diverses start up. Sa condamnation de 2008 ne le coupe pas de cet univers, au contraire. En 2011, les grands noms de la Tech sont de nouveau présents à un diner annuel du EDGE où figure le trafiquant d’être humain. Ils participent également à la mailing liste du groupe, dont Epstein devient le principal financier, avec des dons dépassant les 600 000 dollars (soit plus de 80% du budget total de ce réseau).
Epstein va également financer d’autres forums et initiatives, dont le MediaLab du MIT, un groupe de recherche de Harvard, et plusieurs organisations créées par des chercheurs proches de la Tech, à hauteur de centaines de milliers de dollars via des dons philanthropiques.
3. Technofascisme à la sauce Epstein
Epstein a-t-il participé à la radicalisation de la Tech ou bien s’est-il simplement trouvé en adéquation avec cet univers ? Via le EDGE, le pédocriminel rencontre divers individus proférant des vues associées au courant technofasciste. Dont le fameux Nick Bostrom.
Ce philosophe transhumaniste est considéré comme le père du Long termisme, une idéologie qui stipule qu’il peut être acceptable de sacrifier 1 milliard d’êtres humains maintenant pour permettre à des milliards de milliards d’êtres humains d’exister dans des ordinateurs dérivant dans l’Espace d’ici quelques millénaires. Bolstrom avait partagé des vues profondément racistes dans un courriel datant des années 1990. Il rejoint le EDGE en 2009. En 2018, il crée sa fondation transhumaniste human+, qu’Esptein finance à hauteur de 120 000 dollars la première année. De quoi payer le salaire du vice-président Ben Goertzel, un spécialiste de l’IA qui a joué un rôle important dans la définition du terme “AGI” (IA générale) et de la promotion de la quête de la singularité (création d’une IA supra-humaine toute puissante).
Le pédocriminel a également entretenu des liens particulièrement étroits avec Joscha Bach. Philosophe et théoricien de l’IA, professeur à Harvard et au MIT. Ce penseur, particulièrement influent dans le milieu de la recherche en intelligence artificielle, estimait que l’épuration ethnique par la crise climatique était “peut-être un mal nécessaire”. Comme le confirme une chaine de courriels échangés avec Epstein, Bach entretenait des vues eugénistes, racistes et sexistes. Pour lui, les noirs sont génétiquement inférieurs aux blancs sur le plan intellectuel, tout comme les femmes, du fait de l’évolution. Des idées démenties par la science, mais communément admises au sein de la Silicon Valley. Epstein n’aurait pas été étranger à leur diffusion, puisqu’il a financé leurs principaux théoriciens.
Lui-même témoignait d’un racisme et d’un sexisme qui se reflète jusque dans ses propres crimes. Or, le pédocriminel agissait activement pour façonner le monde en fonction de cette vision. Que ce soit en finançant l’armée d’occupation israélienne, en servant d’agent au Mossad, en traitant avec la Russie, en finançant les colonies israéliennes illégales ou, plus discrètement, en œuvrant à la création d’une internationale fasciste par le prisme de la technologie.
Peter Thiel, le patron de Palantir et capital-risqueur ultra-influant, occupe une place à part dans le dossier Epstein. Il semble échanger fréquemment avec le pédocriminel, en particulier autour des années 2014-2016. Epstein a investi dans un de ses fonds en capital-risque à hauteur de 40 millions de dollars et a joué un rôle déterminant dans l’adoption des logiciels de surveillance et de répression de Palantir par divers gouvernements et institutions, dont Israël et certains alliés de l’état hébreu.
Les liens ne sont pas uniquement financiers. Dans un mail à Thiel, Epstein semble se vanter de son rôle dans le Brexit et expose ses projets de renversement de l’ordre mondial néolibéral fondé sur la démocratie, la mondialisation et le droit international :
Pour Epstein, l’effondrement des démocraties et l’apparition de “failed states” à la place de dictatures clientes des USA est une opportunité pour faire des affaires. Et la lecture du dossier Epstein suggère qu’il déployait toute son influence vers ce but. Ce qui explique son rapprochement avec Steve Bannon, Peter Thiel et le mouvement “MAGA”.
Le projet décrit par Epstein ressemble à s’y méprendre à celui des technofascistes libertariens dont Peter Thiel constitue le représentant le plus connu. Comme maintes fois documenté, ce courant souhaite provoquer l’effondrement des démocraties libérales et affaiblir l’État pour permettre l’émergence d’un network state. Ces cités-États indépendantes et autonomes, gérées par des Roi-PDG élus par des actionnaires-citoyens sur le principe “un dollar égal une voix”.
4. Esptein, le bitcoin, 4chan et l’internationale fasciste
Epstein était un grand utilisateur et promoteur des cryptomonnaies, à la fois comme outil pour ses crimes et comme projet politique s’inscrivant dans sa vision d’un monde post-démocratique, comme le rapporte le journaliste Ryan Broderick. Pour le pédocriminel, le Bitcoin représentait un outil de subversion de la finance globalisée au service des élites.
Les courriels révèlent ainsi qu’Epstein a joué un rôle significatif dans le sauvetage du Bitcoin, en 2015, lorsque le protocole était menacé par des conflits au sein de l’équipe de programmeurs en charge du maintien du code source. L’argent et le réseau du pédocriminel ont permis à la cryptomonnaie de s’épanouir, tout en infiltrant les cercles de pouvoir et les institutions financières.
Epstein entretenait également des liens étroits avec Brock Pierce, cofondateur du Tether, un stablecoin (crypto-actif dont la valeur est adossée au dollar) qui sert de liquidité dans la sphère financière des cryptos. Epstein avait profité de ses liens pour investir tôt dans la plateforme de courtage en ligne Coinbase, à hauteur d’un million de dollars.
Plus effrayant, Epstein aurait également joué un rôle non négligeable dans la constitution d’une forme d’internationale fasciste. Non seulement par ses tentatives (réelles ou fantasmées) d’ingérence électorale et de soutien aux politiciens d’extrême droite européens, mais, également en participant aux efforts de radicalisation d’une génération de jeunes hommes via les forums en ligne, le jeu vidéo et la subculture procryptomonnaies. En particulier, il semblerait qu’Epstein soit lié à la mutation du forum de discussion 4chan, devenu la plaque tournante du complotisme d’extrême droite, de l’activisme et du masculinisme fascisant. Epstein a déployé des efforts importants pour rencontrer le gérant du site, qui aurait rouvert la partie du forum dédié à la politique suite à sa rencontre avec Epstein, et ainsi permis la radicalisation du forum. C’est là qu’a pris corps la théorie complotiste et véritable mouvement politique Qanon. Ironiquement, ce mouvement prétendant que le monde était dominé par une cabale de pédophiles satanistes affiliés au parti démocrate a été alimenté par l’affaire Epstein.
Or, QAnon a servi de carburant au saccage du Capitole et à la tentative de coup d’État de Donald Trump, comme en témoigne la photo du fameux “Chaman QAnon” hurlant depuis le Congrès des États-Unis suite à l’interruption de la procédure de certification des élections.
Il est tout à fait possible que Jeffrey Epstein n’ait joué aucun rôle significatif dans l’émergence de ces mouvances d’extrême droite, bien qu’il semble avoir financé divers influenceurs (y comprit un Youtubeur francophone) et a certainement essayé de peser sur ces tendances. Quelle que soit la portée de son ingérence, on ne peut que constater les liens étroits qui existent entre ses propres desseins et ceux des élites de la Tech.
Epstein partageait les vues eugénistes et racistes repeintes au sein de la Silicon Valley. Lui-même parlait de se cloner et de répandre son ADN en enfantant une progéniture à l’aide de mères porteuses. Des ressemblances troublantes avec un certain Elon Musk…
Sa correspondance lugubre ne se limite pas à des délires couchés sur courrier électronique. Comme l’a retracé le site d’investigation Dropsite.news, Epstein a également déployé des efforts considérables pour mettre en relation diverses équipes de recherche spécialisées dans le décodage du génome et les thérapies géniques, tout en essayant de recruter des spécialistes de la cryptographie et du hacking liés à diverses agences de renseignement. Le tout dans le but de les mettre en relation pour craquer le code génétique à des fins eugénistes et transhumanistes, en écho aux obsessions des barons de la Silicon Valley…
Quels que fussent les effets de ses efforts, une chose reste certaine. Les élites de la Tech n’ont pas rejeté Epstein. Elles ont entretenu avec lui des liens aussi étroits que “naturels”. Et ce, malgré les crimes épouvantables pour lesquels il avait déjà été inculpé.






